La Garde impériale à l’attaque, Waterloo 1815 (NAP0020)
Waterloo, 19h30 : la Moyenne Garde monte la pente en colonnes, en capote. Pourquoi une colonne perd contre une ligne, et pourquoi ce recul-là a suffi à défaire une armée.
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L’attaque de la Moyenne Garde impériale à Waterloo
Une colonne épaisse de bonnets à poil et de plumets rouges, baïonnette au canon, montant un terrain jonché de morts ; un obus éclate au milieu de la troupe ; à gauche un officier en bicorne, sabre au clair, marche en tête. Détail que l’imagerie populaire escamote presque toujours : ils attaquent en capote, la longue redingote grise passée par-dessus l’uniforme. Il avait plu toute la nuit.
La Moyenne Garde, qui n’est ni l’une ni l’autre
La Garde impériale se divisait en trois. La Vieille Garde, la plus ancienne, était la réserve ultime. La Jeune Garde était formée de conscrits triés. Entre les deux, la Moyenne Garde — les régiments créés autour de 1806-1809 — rassemblait des vétérans confirmés sans l’ancienneté des premiers. Ce sont eux qui montent ici : la meilleure infanterie encore disponible à sept heures et demie du soir.
Ce qui les attendait derrière la crête
Wellington avait fait coucher son infanterie derrière la ligne de crête, à l’abri de l’artillerie française et hors de vue. Les colonnes de la Garde ont donc monté une pente vide, sous le feu, jusqu’à ce que des rangs qu’elles ne voyaient pas se lèvent à quelques dizaines de mètres et tirent une salve complète. C’est une manœuvre de terrain, pas un coup de chance : Wellington l’avait employée pendant six ans en Espagne.
Pourquoi la colonne perd contre la ligne
C’est de la géométrie. Dans une colonne, seuls les premiers rangs et les files extérieures peuvent faire feu : l’essentiel des fusils ne sert à rien. Une ligne sur deux ou trois rangs tire, elle, avec la totalité de son effectif. La colonne l’emporte quand elle arrive au contact et enfonce ; elle est perdue si on l’arrête à portée de mousquet. Ici on l’a arrêtée.
« La Garde recule »
Le fait militaire est limité — quelques bataillons repoussés en fin de journée. L’effet moral ne l’est pas. La Garde impériale n’avait jamais reculé, et l’armée entière le savait. Quand le cri courut le long des lignes françaises, ce ne fut pas une unité qui céda mais la conviction que la journée pouvait encore être gagnée. La déroute qui suivit fut plus rapide que le combat lui-même.
Le sac, la capote, la boue
Regardez le sol : c’est de la terre labourée par la pluie et par les boulets. La capote qui protège du froid ajoute du poids, la boue colle aux guêtres, et ces hommes ont passé la nuit dehors sans feu. Une colonne d’assaut en 1815 avance à la vitesse de gens épuisés qui portent trente kilos — c’est le genre de chose que les cartes de bataille ne montrent jamais.
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