L'art de Giuseppe Rava, par Gary Byrne
Depuis une quinzaine d’années, le cercle restreint et méconnu des grands illustrateurs militaires s’est enrichi d’un talent nouveau. Giuseppe Rava, né en 1963, a commencé très tôt à dessiner ce qu’il aimait : le soldat. Depuis, il n’a cessé de grandir, au point de devenir l’un des principaux interprètes de cet art dans le monde entier. Son goût pour les choses militaires lui vient de son père, disparu à cinquante-sept ans, qui collectionnait les objets militaires : l’enfant les a manipulés et s’est familiarisé avec eux très jeune. Il a poursuivi cette passion et étudie uniformes et armes avant d’entreprendre chaque nouveau projet.
Il a retenu toutes les leçons des maîtres de la peinture militaire — Detaille, Meissonier, De Neuville, Ruchling, Ottenfeld et d’autres. Ce sont eux qui lui ont donné l’élan d’aller de l’avant et d’ouvrir son propre atelier. L’incroyable est que Rava n’a jamais pris une seule leçon de peinture ni de dessin : il a forgé sa technique et son style par l’observation constante des grands peintres militaires. Son style d’illustration coloré pourrait n’être qu’un parmi tant d’autres, semblables entre eux et privés de ce petit « supplément » qui distingue un artiste ; mais dans l’œuvre de G. Rava on perçoit le lien avec un peintre comme Fattori et ses sujets militaires. C’est ce qui a attiré l’attention des grandes maisons d’édition, en Italie comme en Scandinavie.
Tout a commencé quand le petit Giuseppe décida de tenter sa chance à un concours de peinture pour les moins de douze ans, à Brisighella. Il peignit « Le Nid de serpents » dans un pur style Picasso et stupéfia organisateurs et jurés. « Comment est-ce possible ? » s’écria l’un d’eux, « nous sommes ici pour voir des petites maisons avec des arbres et des animaux devant, peintes par des enfants normaux, pas un cauchemar pareil ! » Voilà pour ceux qui se disent jurés. Rava n’en poursuivit pas moins son chemin, sûr de ses moyens : après quelques brèves études universitaires, il avait déjà décidé qu’il serait le maître et le professeur de son propre avenir. Après une courte période chez un orfèvre, métier qu’il avait étudié, il fut remarqué par les éditions militaires EMI, qui lui confièrent un livre sur les soldats napoléoniens. C’était seulement sa deuxième incursion dans le sujet militaire : la première avait été la création des armoiries régimentaires pour l’état-major de son régiment. (Rava avait fait son service militaire dans les années 1980 chez les Carabiniers, à combattre le plus redoutable des ennemis : le hooligan. Après diverses campagnes dans divers stades, il troqua la matraque contre le pinceau.) Suivit une longue période où il ne fit rien, ou n’obtint rien. Il accepta alors un travail qui, sans être militaire, pouvait l’aider comme artiste : dans un studio graphique, à dessiner des dépliants. Mais il ne fallut pas longtemps pour qu’un artiste aussi singulier fût repéré par une grande maison d’édition, spécialisée dans les livres religieux protestants. On lui confia un ouvrage sur David Livingstone libérant les esclaves en Afrique. Comme chacun sait, les femmes esclaves ne portaient ni culotte ni soutien-gorge et préféraient le naturel : quand Rava, maniaque du réalisme, les peignit nues (et, étant italien, aurait-il un peu forcé sur une certaine partie de l’anatomie ?), les gens pieux n’apprécièrent guère. Convoqué chez le directeur, il s’entendit dire : « les illustrations sont superbes, mais nous ne pouvons pas montrer des seins nus ! Mettez-leur des soutiens-gorge ! » Si donc, au hasard de vos lectures, vous tombez sur un exemplaire de « Livingstone and the Slave Women » de Rava, sachez que les soutiens-gorge Playtex n’étaient pas son idée ! Quelques livres pour enfants suivirent et il semblait se faire un nom comme illustrateur, mais Rava voulait davantage. Une exposition locale attira l’attention d’un célèbre artiste pop américain. « Rava, je veux que vous peigniez des chars, des centaines de chars ! » — « Quel genre de chars ? » demanda Rava. « Les chars du Kippour. » Il s’agissait d’une sorte d’art conceptuel « trouvé », et le nom de Rava n’aurait même pas figuré sur les toiles.
« J’étais très bien payé, très bien nourri, et je logeais dans le meilleur hôtel de New York ; mais je dois dire que l’artiste n’a pas vendu beaucoup de ses batailles de chars du Kippour. Peut-être parce que très peu de gens avaient des murs assez grands, vu leurs dimensions. »
C’est après sa période new-yorkaise des chars que Rava sculpta une gamme de figurines militaires sous le nom TESTUDO (25 mm) ainsi que des pièces pour Pegaso (54 mm), toujours disponibles. Italeri, Hat et Games Workshop commencèrent à lui demander des illustrations de boîte, et leurs ventes s’envolèrent aussitôt.
Les lecteurs de la revue française « Vae Victis » connaissent déjà ses formidables couvertures, parfaitement capables d’exprimer le contenu des articles. Au fil des ans, sa recherche constante de ce qui peut faire de lui un meilleur artiste a porté ses fruits. Là où beaucoup d’artistes militaires choisissent la voie traditionnelle, Rava emploie une technique bien à lui : le ciel à l’aquarelle et, dans la même image, la gouache pour les uniformes. Cela peut sembler étrange, mais le résultat est imparable. Les amateurs de figurines plastiques le connaissent bien et adorent ses illustrations de boîte. Depuis 2007, Giuseppe Rava est illustrateur pour Osprey Publishing, avec plus de quarante titres illustrés à ce jour.

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